Kroll  
  Ma corbeille
 
Actualité   Livres   TV   Audio
             
Moi Ik Me   Photos   Liens   Contact
 
   
Objets
 
Dimanche 25 Octobre 2015

  


Lundi 19 Octobre 2015

Kroll, c’est forcément une bonne pioche » : vendredi soir, Frédéric Mazzocchetti le président de la Maison de la culture Famenne Ardenne à Marche et son directeur Hubert Fiasse étaient visiblement fiers de leur coup. Ou plus exactement de celui que leur a amené Jacques Malisoux, de l’association « Humain et philosophie ». C’est lui qui a vu fin 2014, la conférence « power point » de Kroll à Liège. Et c’est lui encore qui a sollicité le caricaturiste du Soir, après les événements de Charlie Hebdo, pour qu’il refasse son exposé à Marche. Mais Bruno Coppens, comédien/metteur en scène/producteur passe par là et en profite pour mettre la pression sur son ami : « Pierre cette fois faut y aller, tu es fait pour le one man show ».



« Et voilà, dix villes dix dates » : on y est ! Vendredi soir, dans les coulisses, Pierre Kroll a d’abord maudit Coppens & Co. Quand le public arrive sur les lieux, Jacques Malisoux les prévient : « Il est stressé, mais on va faire en sorte que cela se passe bien ». La scène est sobre, tout juste occupée en son centre par un très joli pupitre haut et un écran géant. Sur le côté gauche, la complice de Pierre Kroll (et de Bruno Coppens), Ariane Coquelet, prend place la première. Elle va gérer tout au long du spectacle la projection des dessins, mais en interagissant avec son « boss », dans un duo très bien réglé, jouant de temps en temps au souffleur. « Quoi Ariane ? Là mon père est mort ? Ah oui, oui, j’avais oublié… »


« Si tu veux que cela marche, commence par Marche », annonce Kroll dès qu’il entre en scène. Et voilà, le public rit. Il n’arrêtera plus. Il y aura des oh et des ah, des ouh la la (quand Kroll projette un cercueil façon Ikea ou les sœurs Clarisse affriolées par Marc Dutroux, quand il dézingue la Reine Paola « qui tire toujours la tronche » ou le roi Philippe « qui doit n’être qu’un clone, le vrai devant batifoler à la manière de son ancêtre Léopold II », ou lorsqu’il se « paye » la tête d’un certain Chat… Etc.).

Il y aura aussi des silences, le rire coupé en plein vol par la gravité des enjeux de ce « simple » dessin. Les menaces – de mort – sont effleurées, mais bien là.

C’est la réelle prouesse du caricaturiste durant plus d’une heure et demi : projeter des dessins censés faire rire mais qui l’un après l’autre, font réfléchir. Car s’il part de sa propre histoire – son père athée, sa mère catho –, c’est pour mieux raconter le poids de la religion, sa vraie place, ses excès, ses absurdités. Il y en a pour les cathos, les juifs, les musulmans. Avec en filigranes, un cours – hilarant, impertinent, provoquant et… intéressant – sur le rôle de la caricature depuis la nuit des temps. Kroll c’est « Ni Dieu ni Maître », et cela vaut pour la religion comme pour la politique, ou la monarchie. Tant pis si vous êtes choqué. Kroll le dit – « j’aime profondément les gens, et le public » –, mais cela ne l’empêchera pas de dire ce qu’il pense, de dénoncer les hypocrisies, celles des autres mais aussi les nôtres. C’est à l’évidence un acteur de stand up qui est sur la scène de la maison de la culture de Marche mais qui « balance » à la foule l’euthanasie, le mariage gay, la grossesse pour autrui en partant du crayonné d’une crèche, de Marie et Joseph.

Le public jouit de chaque instant, d’autant que l’artiste dessine en direct, avec projection sur grand écran : les spectateurs voient naître ainsi DSK, Maggie De Block, Di Rupo. Ils passent commande aussi, Pierre leur proposant le temps du spectacle d’être la rédaction du Soir qui fait, avec son caricaturiste, le journal du lendemain ( le dessin « DSK » qui figurait dans Le Soir ce week-end n’est autre que le résultat de la demande du public exécutée sur scène à Marche).


Stressé ? Le caricaturiste swingue littéralement sur scène, sous un jeu de lumière et avec une utilisation du son extrêmement efficaces. Kroll prend son pied, établissant d’emblée un rapport qui implique la salle dans son jeu. Ça fuse, ça s’enchaîne, d’un dessin à une vanne, d’une lecture de morceaux revisités de l’Evangile aux caricatures d’Honoré Daumier. Le spectacle est très bien construit, sur une trame très précise, de l’anecdote personnelle à la réflexion de fond sur la place de la religion : « Dieu il ne veut pas s’imposer, il faudrait le rappeler de temps en temps à ceux qui le font pour lui ». Pierre Kroll croyant ? « C’est comme si on m’avait demandé si j’aimais mieux ma maman ou mon papa. »

« Kroll dix villes, dix dates » est un spectacle d’utilité publique, à la manière du Djihad d’Ismael Saidi, parce qu’à travers les 200 « petits Mickeys » projetés, c’est toute la puissance d’une carrière qui se met au service d’un face-à-face avec la liberté d’expression, le rapport au religieux, l’absurdité des tabous sexuels, et la relativité de l’exercice du pouvoir. Le Roi, les partis, les nationalistes flamands, le Luxembourg, les religions : ils en prennent tous pour leur grade, mais in fine, c’est le public qui est renvoyé à lui-même, forcé depuis la scène, à s’interroger sur ses propres censures et contradictions.



Les 400 spectateurs applaudissent en cadence, en veulent encore. Cela se sent physiquement : ils ont passé un très bon moment, venus pour rire mais repartis avec de la philosophie.

Cette première à Marche était très réussie. Bruno Coppens, visiblement soulagé – la répétition de lundi avait été un peu « rock’n’roll » – est extatique. Et surtout très fier pour le coup : il a vu juste, la place de son ami Pierre « lui avec moi, moi avec lui » est bien sur scène, dans un spectacle « drôle et malin ». Une fierté partagée par les proches de Kroll (sa femme et l’un de ses fils) qui avaient retenu leur souffle depuis des jours. Le caricaturiste, lui, reste hyper concentré, car la prochaine étape, c’est vendredi prochain, le 23 octobre devant 1.200 personnes, au Conservatoire de… Liège, chez lui, à domicile. Il a déjà concocté des blagues sur mesure. Et voilà !

Pierre Kroll sera en tournée dans 12 villes : de Liège (23 octobre) à Louvain-la-Neuve (21 avril) en passant par Bruxelles (20 janvier) ou Namur (13 novembre).

Béatrice delvaux

  




© Pierre Kroll | Flux RSS | Mentions légales | design by debie.com | CMS by belghost.eu