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Dimanche 07 Juin 2015
Mon billet pour De Standaard Juin 2015

« Ce qui se conçoit s'énonce clairement ... » Juin 2015


Je dois bien vous dire que je ne sais pas du tout si en Flandre les commémorations du génocide arménien ont crée des polémiques et je suppose que beaucoup d'entre vous ignorent celles que cela a provoqué du côté francophone. C'est toujours un peu plus comme ça : quand il neige à Liège on n'est plus très sûr que ce n'est pas l'été à Gand.

Emir Kir, député et par ailleurs bourgmestre de Saint Josse, avait refusé de reconnaître explicitement le génocide arménien et quand il s'est agi de faire une minute de silence en souvenir de cette tragédie, il s'est rappelé subitement qu'il était garé en double file. Le parti socialiste soutint Emir Kir avec des arguments et des circonvolutions intellectuelles qu'on ne croyait possible que chez les jésuites les plus difficiles à contredire comme à comprendre. Actuellement , chef Elio ( vous voyez encore qui c'est ? ) a promis qu'on sera bien étonné de l'attitude d'Emir Kir quand, prochainement, il faudra voter sur cette question au parlement. Alors, on attend, comme au cirque quand il est promis par l'affiche qu'après les clowns, un numéro de trapézistes vous donnera des frissons.

Au CDH, c'est une élue appelée Mahinur özdemir, députée au parlement de la région bruxelloise et conseillère communale à Schaerbeek, qui évita tous les lieux où il lui aurait été demandé une réponse à la question « reconnaissez-vous le génocide arménien ? ». Les hémicycles autant que, je suppose, toutes les soirées entre amis avec un invité surprise de peur qu'il s'appelle Charles Aznavour. En tout cas, la pauvre fille, déjà discrète sous ce voile islamique à fleurs qu'elle fut la première en Belgique à porter pour siéger, ne savait plus sous quelle table se cacher quand un journaliste d'RTL la poursuivit toute une journée répétant la question.
Il faut dire que, pour embêter le PS et Elio Di Rupo ( mais si, souvenez-vous, le type avec un noeud papillon!), Benoît Lutgen, président du CDH, lança fièrement « le premier, au CDH, qui nie le génocide, il est dehors dans la seconde » Il n'a pas même pas dit « dans l'heure », non, « la seconde » ce qui laisse à peine le temps de renouer son foulard. Alors, hop, en une seconde, Mahinur özdemir s'est retrouvée exclue du CDH.

Elle n'a pas tort, la petite, quand elle fait remarquer que l'état belge n'a pas plus reconnu officiellement ce génocide qu'elle même et qu'en l’occurrence donc elle ne trahit en rien son pays.
Mais chaque parti qui est allé chercher des candidats d'origine étrangère pour leur apporter des voix supplémentaires juge de leur utilité une fois élu à la lueur des évènements et calcule. Emir Kir vaut cher, Mahinur özdemir un peu moins. En tout cas la mettre à la porte « dans la seconde », c'est un geste qui paraît courageux comme une croisade à cheval et apporte au parti la sympathie provisoire de tout le camp de ceux qui pensent que si le pays n'était peuplé que de belges dont la famille l'est depuis dix générations on aurait de l'emploi, du soleil toute l'année et boissons gratuites partout.

Toute cette histoire n'a rien avoir avec les doubles nationalités mais ceux qu'elles énervent en profitent pour s'agiter. Cette histoire pourrait être mise de côté un bon moment puisque le prochain centenaire du génocide aura lieu, selon mes calculs, dans cent ans. Mais cette histoire aurait pu aussi être un peu mieux préparée et mieux servie à l'opinion.

Boileau, un écrivain français que nous apprenons tous à l'école, écrivit « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément » Je ne sais pas comment on dit cela en turc mais il va falloir trouver.

  




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